Un pays entre deux chaises attablé entre l’Europe et l’Asie se devait de détenir des cartes tout terrain. Géographie oblige ce carrefour ne peut que percuter l’attention. Les batailles invisibles se font rage, assoiffées d’un pouvoir byzantin passé et de l’espoir récolté par un peuple de travail et d’abondance. Le cadre du jeu ainsi défini, les couleurs telles un langage, animeront la partie.
Face à face les adversaires s’observent d’une rive à l’autre comme séparés par un Bosphore apaisé. Le lit de cette mer gelée est désormais le lieu éclairé de l’action. Le mélange savant a commencé faisant battre les figures, les chiffres et les cœurs. Nul doute que la distribution à l’aveugle apportera son lot de surprise et de déception. Quatre par quatre le sort en est jeté. Mais l’équité est la règle et inutile de préciser qu’aucun vol du départ ne peut être toléré. Les cartes toutes retournées n’attendent que le signal pour révéler leur vérité. Donne en main les pacifistes belligérants se jaugent avant tout calcul. Les cartes au tapis se retournent. La stratégie du chiffre reprend ces droits, sommer les cartes pour tenter de contrer son paire… Attention, tout est question d’équilibre, peser les objectifs et compter, toujours compter au risque de laisser à terre une tour prenable. Composé d’un chiffre sous dizaine ou d’un portrait royal, le bon point à l’abandon pourra générer un score multiplicateur redoutable si son camarade de cordée est en possession de la partie adverse. Rien n’est perdu pour autant si certains atouts ne se détournent pas de votre route. Ainsi valets, as, deux de trèfles ou dix de carreaux sont autant de bons génies susceptibles de sauver votre navire…
Tout est vrai, comme dans la vie, rien n’est jamais perdu ou tout à fait « cuit ». Ce jeu est à l’image des bonnes pasta italiennes « al dente », et à pour nom, cela ne s’invente pas, « Pastra ».
jeudi 25 septembre 2008
mercredi 24 septembre 2008
Né d’un marronnier à fleurs doubles
Tout s’use et c’est la simple image du cheveu qui m’y fait penser. Une chose est sûre ce ne sont pas celles qui entretiennent le secret espoir d’approximer la longueur de toison d’une « boucle d’or » qui me contrediront. Silence ça pousse, nous siffleront-elles lorsque l’ombre tranchante des ciseaux tentera d’étouffer la croissance ad vitam de leurs fibres inertes. Le dédoublement est inévitable et la sanction indétournable. Diabolique peine quand on y repense ! La fourche maladroite a dénaturé le propos et une correction s’impose pour revenir à un meilleur équilibre pense-t-on. C’est donc ça, la divergence n’a qu’un temps et l’unité retrouvée valide un retour à meilleure santé.
Je tourne autours du pot c’est vrai. Ma parabole satellitaire est un prétexte à l’expression de ma perception d’une caractéristique essentielle de notre société. A la manière d’un mineur je remonte le filon seul moyen sûr d’accéder au chemin commun au bout duquel convergent les secrets d’une vie.
Dualité de naissance ? Rien n’est plus vrai. Unicellulaire d’origine si l’on considère la création post fécondation et pré-mitose. Quasi instantanément l’unité est rompue au profit d’une duplication sans fin. La méiose cellulaire en route, l’escalier d’acides aminés n’aura de cesse de se diviser pour palier le vide hélicoïdal laissé. Mécanisme reproductif non choisi, ce mouvement duplicateur laisse songeur. Pour être un, il faut être une multitude et plus encore, jusqu’à ce que le mouvant invisible qui nous agite s’immobilise ad aeternam.
Nos univers du quotidien se chevauchent mais ne se rencontrent presque jamais, séparés par des verres polies, dépolies, sans teints ou miroirs. Nos trajectoires suivent toutes des lignes parallèles attirées par deux pôles complémentaires qui nous laissent à rêver une marge de manœuvre, une personnalisation du chemin. En vérité, une fois l’équateur franchi le mouvement devient irréversible et l’attraction fatale. Nous convergeons vers nos horizons qui ne s’opposent pas mais qui nous rassemblent, tous doués d’ibiquité, comme pour servir un dessein commun.
Notre « ère » gonfle les voiles de notre galère, bien engagée contre toute attente, dans l’allée des marronniers à fleurs doubles.
Je tourne autours du pot c’est vrai. Ma parabole satellitaire est un prétexte à l’expression de ma perception d’une caractéristique essentielle de notre société. A la manière d’un mineur je remonte le filon seul moyen sûr d’accéder au chemin commun au bout duquel convergent les secrets d’une vie.
Dualité de naissance ? Rien n’est plus vrai. Unicellulaire d’origine si l’on considère la création post fécondation et pré-mitose. Quasi instantanément l’unité est rompue au profit d’une duplication sans fin. La méiose cellulaire en route, l’escalier d’acides aminés n’aura de cesse de se diviser pour palier le vide hélicoïdal laissé. Mécanisme reproductif non choisi, ce mouvement duplicateur laisse songeur. Pour être un, il faut être une multitude et plus encore, jusqu’à ce que le mouvant invisible qui nous agite s’immobilise ad aeternam.
Nos univers du quotidien se chevauchent mais ne se rencontrent presque jamais, séparés par des verres polies, dépolies, sans teints ou miroirs. Nos trajectoires suivent toutes des lignes parallèles attirées par deux pôles complémentaires qui nous laissent à rêver une marge de manœuvre, une personnalisation du chemin. En vérité, une fois l’équateur franchi le mouvement devient irréversible et l’attraction fatale. Nous convergeons vers nos horizons qui ne s’opposent pas mais qui nous rassemblent, tous doués d’ibiquité, comme pour servir un dessein commun.
Notre « ère » gonfle les voiles de notre galère, bien engagée contre toute attente, dans l’allée des marronniers à fleurs doubles.
jeudi 5 juin 2008
Le "kleinchié" postal
Fin d’après-midi, la pluie n’a eu de cesse de tomber. Le réveil est délicat et mon bras comme anesthésié par un après-midi d’horizontal peine à se télescoper pour donner l’élan nécessaire à la désincarcération de mon corps toasté sur le canapé. La sonnette retentie à nouveau. Je m’active et bute violemment contre la bassesse de la table. Cette maudite bassesse en coin qui n’a eu de cesse de me persécuter depuis mon plus jeune âge. Ma douloureuse colère étouffée, je boite dans la pénombre de six heures jusqu’à l’interrupteur. J’entends désormais plus clairement l’impatience naissante de mon visiteur resté à l’affut dans le colimaçon de marches de la cage d’escalier. Œil contre œil, l’identification à commencer. Nul doute, le style inimitable de l’habit estampillé du logo jaune ne trompe pas, c’est le postier. Un colis ? En fin de journée, très peu probable. Il me semble pourtant distinguer un chargement. Je ne tarde pas à identifier la curieuse cargaison de cahiers. Se sont des calendriers. Novembre, et la tournée des étrennes a déjà commencé.
J’hésite à ouvrir. Maman aurait probablement ouvert sans la moindre observation. Mais pour moi, plusieurs raisons me retiennent.
Pour commencer, le service du courrier ne vaut que par la qualité du service rendu. Or depuis plusieurs années nous souffrons du décalage horaire grandissant dans les délais d’acheminement. Il faut bien avouer que passer d’un décachetage brioche-chocolat-café à une ouverture apéro-olive-rillette a de quoi saler la réception de la moindre nouvelle.
Mais dépassons ce déficit qualitatif pour s’interroger sur l’affectif. Il est loin le temps du bonjour chaleureux de nos petits facteurs à la croisée des rues. Aujourd’hui, le personnage chaleureux a fait place au coursier surgelé de l’entreprise postale. Bref, les motivations ne manquent pas et la porte blindée du 3ème étage semble définitivement condamnée. Tout espoir de récompense semble donc perdu pour les valeureux serviteurs qui sont miraculeusement parvenus à gravir quatre-vingt-dix marches. Finalement la porte s’ouvre.
N’ai-je pas dit que les mensonges à soi-même sont ceux qui se consument le plus vite car la raison les étouffe ? Sagesse d’autant plus vraie lorsque le chemin de ma vertu croise la route d’un billet de vingt euros tassé au fond du cul de sac de ma poche.
Le calendrier reste un prétexte pour justifier du don. Mais cette fois-ci, mes griefs contre les « porte-timbrés » sont tels, que je ne me résigne pas au choix aveugle d’une panière garnie de chatons multicolores. Je scrute attentivement la marchandise. La sélection est délicate et je suis surpris de constater du manque d’ambition de l’éventail proposé. On parle souvent de « cliché » pour définir les termes convenus d’une scène, d’une situation. L’occasion est trop belle pour revisiter sérieusement cette appellation.
Mon nouveau mot trouve justement son origine dans l’exemplaire qui me glisse des mains. Il se résume à une tâche bleue sur fond blanc légendée « bleu Klein – 10m X 10m». Je n’ose à peine y croire, l’œuvre est magistrale. Ignoré le monument relève de la cécité permanente. Ce n’est pas tant la profondeur du bleu qui m’interpelle mais plutôt la taille de l’oiseau qu’il a fallu trouver pour « excrémenter » la toile. Le « Kleinchié » postal est né. Dès lors, je navigue de « Kleinchié » en « Kleinchié » à la recherche de celui qui illustrerait le plus significativement mon année 2002. Quand finalement je m’apprête à m’approprier le « Kleinchié » originel, je tombe sur l’anomalie. Un noir et blanc plutôt gris m’interpelle.
La photo est significative mais je ne peux dire pourquoi. Une rue déserte, des pavés et un arbre robuste totalement nu composent l’équilibre de l’instantané. Pourquoi arrêter ma décision sur l’immobilisme et la quiétude hivernale de cette photographie. La porte refermée je garde toujours une émotion au cœur. Elle ne me lâchera plus. Je ne comprends pas. Sous le cadre figure l’intitulé « Paris, 1949 ».
J’hésite à ouvrir. Maman aurait probablement ouvert sans la moindre observation. Mais pour moi, plusieurs raisons me retiennent.
Pour commencer, le service du courrier ne vaut que par la qualité du service rendu. Or depuis plusieurs années nous souffrons du décalage horaire grandissant dans les délais d’acheminement. Il faut bien avouer que passer d’un décachetage brioche-chocolat-café à une ouverture apéro-olive-rillette a de quoi saler la réception de la moindre nouvelle.
Mais dépassons ce déficit qualitatif pour s’interroger sur l’affectif. Il est loin le temps du bonjour chaleureux de nos petits facteurs à la croisée des rues. Aujourd’hui, le personnage chaleureux a fait place au coursier surgelé de l’entreprise postale. Bref, les motivations ne manquent pas et la porte blindée du 3ème étage semble définitivement condamnée. Tout espoir de récompense semble donc perdu pour les valeureux serviteurs qui sont miraculeusement parvenus à gravir quatre-vingt-dix marches. Finalement la porte s’ouvre.
N’ai-je pas dit que les mensonges à soi-même sont ceux qui se consument le plus vite car la raison les étouffe ? Sagesse d’autant plus vraie lorsque le chemin de ma vertu croise la route d’un billet de vingt euros tassé au fond du cul de sac de ma poche.
Le calendrier reste un prétexte pour justifier du don. Mais cette fois-ci, mes griefs contre les « porte-timbrés » sont tels, que je ne me résigne pas au choix aveugle d’une panière garnie de chatons multicolores. Je scrute attentivement la marchandise. La sélection est délicate et je suis surpris de constater du manque d’ambition de l’éventail proposé. On parle souvent de « cliché » pour définir les termes convenus d’une scène, d’une situation. L’occasion est trop belle pour revisiter sérieusement cette appellation.
Mon nouveau mot trouve justement son origine dans l’exemplaire qui me glisse des mains. Il se résume à une tâche bleue sur fond blanc légendée « bleu Klein – 10m X 10m». Je n’ose à peine y croire, l’œuvre est magistrale. Ignoré le monument relève de la cécité permanente. Ce n’est pas tant la profondeur du bleu qui m’interpelle mais plutôt la taille de l’oiseau qu’il a fallu trouver pour « excrémenter » la toile. Le « Kleinchié » postal est né. Dès lors, je navigue de « Kleinchié » en « Kleinchié » à la recherche de celui qui illustrerait le plus significativement mon année 2002. Quand finalement je m’apprête à m’approprier le « Kleinchié » originel, je tombe sur l’anomalie. Un noir et blanc plutôt gris m’interpelle.
La photo est significative mais je ne peux dire pourquoi. Une rue déserte, des pavés et un arbre robuste totalement nu composent l’équilibre de l’instantané. Pourquoi arrêter ma décision sur l’immobilisme et la quiétude hivernale de cette photographie. La porte refermée je garde toujours une émotion au cœur. Elle ne me lâchera plus. Je ne comprends pas. Sous le cadre figure l’intitulé « Paris, 1949 ».
mercredi 4 juin 2008
Je vois des portes, des fenêtres et un beau chemin
« Je vois des portes, des fenêtres et un beau chemin ». En ce samedi après-midi l’oracle de notre petite famille a parlé. Ses paroles m’annoncent le meilleur comme toujours, bien qu’il m’en ait coûté l’amère sensation d’un café fort en goût dont le dépôt s’insinue dans les parties les plus reculées de ma dentition laiteuse. Mais qu’importe. Pour entendre tinter les cloches de la félicité, je suis prêt à faire ce sacrifice. Les mots prononcés par ma grand-mère maternelle ne sont guère surprenants. Ils reflètent l’affection toute particulière qu’elle a à mon égard, l’enfant chéri qui rayonne de part sa qualité première : celle d’être né homme. Je suis le signe qu’elle a pu donner un fils à notre société, j’incarne à ses yeux la réalisation d’un rêve, celle d’avoir pour enfant un garçon, qui sera pour sûr un mari, un père et un chef de famille. Voici ainsi transposé le rite familiale turque dans notre culture française au point que mamie ne s’embarrasse plus des critères d’appartenance : ce qui est à toi est à moi et inversement. De petit-fils, je suis devenu deux fois son fils. Le trait d’union de la grand-mère n’a plus guère de sens et le lien direct de parenté avec le fils petit, une évidence.
Je suis son héritier, je peux tout faire, je sais tout faire, et au pire, j’apprendrai d’elle. Lire dans le marc de café, ça, je veux l’apprendre ! La famille, les proches, les amis, de partout on vient l’écouter dérouler le papyrus éphémère de nos vies passées, présentes et à venir. Pas si simple en effet, de décrypter le message noir et brun imprimé au fond et sur les pourtours d’une tasse à anse. Des montagnes, des points, des pointillés, ce parcours de Rorchard peut paraître des plus obscurs aux non initiés.
L’espoir fait vivre, du moins jusqu’au jour tant attendu de mon apprentissage. J’imagine tout d’elle. Je m’attends à recevoir les clés d’un univers de secrets réservés à la mouture supérieure d’une génération. De ça, je reste vide. En guise de Saint Graal, je n’ai reçu qu’un gobelet de plastique recyclable à souhait. Pour elle la recette est simple : une anse telle l’origine temporelle qui défini l’avant, marque le pendant et annonce l’après. La suite est évidente, lire ce que tu vois. Pour moi, la révélation est fracassante. Je ne peux me résoudre à remettre en cause ce don naturel tant l’espoir de ses nombreux buveurs de café est grand. Je conclus que ma grand-mère ne pourra jamais enseigner ce que la logique du réel ne peut démontrer.
Impossible de me résoudre. Je dois être digne de ses louanges. Dans mon sang et mes cellules doit couler l’héritage alphabétique nécessaire à la traduction de ces mystérieux hiéroglyphes cendrés. Peut-être faut-il se détacher de ce que l’on peut entendre lors d’un cours magistral dispensé dans les universités du savoir empirique. Tu ressens, tu respires, tu vis, donc tu lis. Je m’essaye. Noir, c’est noir. L’encre tache la partition et le terrain de jeux m’apparait impraticable. J’agis et déroule ma tasse telle une trotteuse qui n’a de cesse de balayer son cadran. Les premières passes de mon scanner rétinien ne sont guères concluantes. L’image reste sombre et confuse. Loin de perdre confiance, je résiste.
J’ai raison. Le jour se lève. Sous la croûte de café brûlé, une lueur. L’émail éclatant de la tasse réapparait. L’encouragement est significatif et je continue ma quête. Mon esprit s’excite. Blanc, noir. Noir, blanc. Ma route se balise et le chemin est désormais tracé. Mon regard déchiffre les couleurs par différence. Des formes se dessinent. L’interprète entre en scène. Il dit tout car son monde est à la croisé des chemins du matériel et du conceptuel. Il peut aisément associer les idées, les sentiments, les évènements, les êtres et les objets. Malgré une mise en scène initiale confuse dans ce chaos boueux et informe, je parviens à tricoter l’histoire d’une vie issue de mon imaginaire.
Je n’y crois pas. Pas que je sois parvenu à lire le non lettré, pas que la lecture de mon récit me semble étonnement cohérente, mais que l’auditoire en juge impartial soit captivité par la véracité de mes propos. Mon cœur d’enfant palpite. Mamie, je partagerais donc avec toi cette faculté incroyable ? Voir chez l’autre ce qui ne peut être senti de prime abord, en parcourant du bout des yeux les invisibles canaux circulaires de nos vies.
Je m’emporte, décidemment je pars trop vite. Je m’interroge sur la pertinence de l’essai. Potentiel certain ? Volonté adulte corrompue par le désir de me flatter ? Coïncidence invraisemblable ? Mais l’évènement s’est reproduit. Le constat est identique : il semble bien que la vérité sort souvent de la bouche des enfants.
Enfant je le suis et en grandissant l’exceptionnel don a perdu de sa superbe, au point que j’ai fini par l’oublier dans le casier de ma conscience.
Aussi incroyable qu’un bébé se met à parler du jour au lendemain après s’être nourri de son environnement durant de longs mois, mon talent bien rangé s’est exprimé d’une façon très étrange lors de ma vingt-et-unième année…
Je suis son héritier, je peux tout faire, je sais tout faire, et au pire, j’apprendrai d’elle. Lire dans le marc de café, ça, je veux l’apprendre ! La famille, les proches, les amis, de partout on vient l’écouter dérouler le papyrus éphémère de nos vies passées, présentes et à venir. Pas si simple en effet, de décrypter le message noir et brun imprimé au fond et sur les pourtours d’une tasse à anse. Des montagnes, des points, des pointillés, ce parcours de Rorchard peut paraître des plus obscurs aux non initiés.
L’espoir fait vivre, du moins jusqu’au jour tant attendu de mon apprentissage. J’imagine tout d’elle. Je m’attends à recevoir les clés d’un univers de secrets réservés à la mouture supérieure d’une génération. De ça, je reste vide. En guise de Saint Graal, je n’ai reçu qu’un gobelet de plastique recyclable à souhait. Pour elle la recette est simple : une anse telle l’origine temporelle qui défini l’avant, marque le pendant et annonce l’après. La suite est évidente, lire ce que tu vois. Pour moi, la révélation est fracassante. Je ne peux me résoudre à remettre en cause ce don naturel tant l’espoir de ses nombreux buveurs de café est grand. Je conclus que ma grand-mère ne pourra jamais enseigner ce que la logique du réel ne peut démontrer.
Impossible de me résoudre. Je dois être digne de ses louanges. Dans mon sang et mes cellules doit couler l’héritage alphabétique nécessaire à la traduction de ces mystérieux hiéroglyphes cendrés. Peut-être faut-il se détacher de ce que l’on peut entendre lors d’un cours magistral dispensé dans les universités du savoir empirique. Tu ressens, tu respires, tu vis, donc tu lis. Je m’essaye. Noir, c’est noir. L’encre tache la partition et le terrain de jeux m’apparait impraticable. J’agis et déroule ma tasse telle une trotteuse qui n’a de cesse de balayer son cadran. Les premières passes de mon scanner rétinien ne sont guères concluantes. L’image reste sombre et confuse. Loin de perdre confiance, je résiste.
J’ai raison. Le jour se lève. Sous la croûte de café brûlé, une lueur. L’émail éclatant de la tasse réapparait. L’encouragement est significatif et je continue ma quête. Mon esprit s’excite. Blanc, noir. Noir, blanc. Ma route se balise et le chemin est désormais tracé. Mon regard déchiffre les couleurs par différence. Des formes se dessinent. L’interprète entre en scène. Il dit tout car son monde est à la croisé des chemins du matériel et du conceptuel. Il peut aisément associer les idées, les sentiments, les évènements, les êtres et les objets. Malgré une mise en scène initiale confuse dans ce chaos boueux et informe, je parviens à tricoter l’histoire d’une vie issue de mon imaginaire.
Je n’y crois pas. Pas que je sois parvenu à lire le non lettré, pas que la lecture de mon récit me semble étonnement cohérente, mais que l’auditoire en juge impartial soit captivité par la véracité de mes propos. Mon cœur d’enfant palpite. Mamie, je partagerais donc avec toi cette faculté incroyable ? Voir chez l’autre ce qui ne peut être senti de prime abord, en parcourant du bout des yeux les invisibles canaux circulaires de nos vies.
Je m’emporte, décidemment je pars trop vite. Je m’interroge sur la pertinence de l’essai. Potentiel certain ? Volonté adulte corrompue par le désir de me flatter ? Coïncidence invraisemblable ? Mais l’évènement s’est reproduit. Le constat est identique : il semble bien que la vérité sort souvent de la bouche des enfants.
Enfant je le suis et en grandissant l’exceptionnel don a perdu de sa superbe, au point que j’ai fini par l’oublier dans le casier de ma conscience.
Aussi incroyable qu’un bébé se met à parler du jour au lendemain après s’être nourri de son environnement durant de longs mois, mon talent bien rangé s’est exprimé d’une façon très étrange lors de ma vingt-et-unième année…
mardi 3 juin 2008
Y & Celles
Mesdames, aujourd’hui il est clair que vous devez vous sentir mal dans votre peau. Un sentiment de mal être vous a envahi et cette fois-ci l’avalanche saisonnière de publicités anticellulite n’est pas la coupable. Non, rien de tout ça. Vous avez perdu un être « chair ».
Ce matin l’habit a fait le moine, même si peu importe le vêtement, haute couture ou pas, il y a des tissus de silence dont on ne s’échappe pas.
L’artiste a toujours composé. Son monde était cloisonné du notre par les barrières fragiles d’une timidité exacerbée. Nul doute que le concentré d’inattendu, de coloré et d’ailleurs, versé à sa naissance allait pouvoir émulsionner notre monde, une fois passé les frontières parfois cruelles de l’incompréhension.
Dès l’aube, il a rêvé la femme moderne et élégante, faite de courbes, de lignes, de tombés, de jetés. Son quotidien n’était pas de redessiner un paysage, mais en peintre visionnaire du réel, il a su adapter ses créations pour sublimer le corps de ses muses.
On pourrait croire à l’expression du talent d’un génial inventeur enfermé dans sa tour d’ivoire et de mousseline. Mais son œuvre l’a démontré, il a été probablement le plus communiquant de ce demi-siècle de créations et a répandu sur tous les continents sa passion pour un idéal féminin moderne, libre et diversifié.
Vous pleurez mesdames d’avoir perdu ce virtuose qui savait vêtir à merveille votre corps, habiller votre peau de douceurs et de cœurs. Yves Saint Laurent, va vous manquer c’est sûr, d’autant plus qu’une certitude est née de ce départ en « serre-cœur » : dieu est une femme…
Ce matin l’habit a fait le moine, même si peu importe le vêtement, haute couture ou pas, il y a des tissus de silence dont on ne s’échappe pas.
L’artiste a toujours composé. Son monde était cloisonné du notre par les barrières fragiles d’une timidité exacerbée. Nul doute que le concentré d’inattendu, de coloré et d’ailleurs, versé à sa naissance allait pouvoir émulsionner notre monde, une fois passé les frontières parfois cruelles de l’incompréhension.
Dès l’aube, il a rêvé la femme moderne et élégante, faite de courbes, de lignes, de tombés, de jetés. Son quotidien n’était pas de redessiner un paysage, mais en peintre visionnaire du réel, il a su adapter ses créations pour sublimer le corps de ses muses.
On pourrait croire à l’expression du talent d’un génial inventeur enfermé dans sa tour d’ivoire et de mousseline. Mais son œuvre l’a démontré, il a été probablement le plus communiquant de ce demi-siècle de créations et a répandu sur tous les continents sa passion pour un idéal féminin moderne, libre et diversifié.
Vous pleurez mesdames d’avoir perdu ce virtuose qui savait vêtir à merveille votre corps, habiller votre peau de douceurs et de cœurs. Yves Saint Laurent, va vous manquer c’est sûr, d’autant plus qu’une certitude est née de ce départ en « serre-cœur » : dieu est une femme…
lundi 2 juin 2008
Le jeux des aiguilles
Fines, pointues, longues parfois, elles ne font guère partie de nos campagnes bien que pourtant souvent associées aux bottes de foin… Trouvées, perdues, nul ne le sait, toutefois est-il qu’il est parfois difficile d’en suivre le fil tant il est sinueux, fourchu, double. Autant jouer au chat et à la souris me direz-vous ? Rien de plus vrai, il arrive même de buter longuement autour du pot afin que ces fines lignes de coton tressées finissent enfilées. Mais la boucle n’est pas bouclée pour autant, ils restent à accomplir ce ballet à la fin duquel la pièce en jeu finira solidaire d’un tout.
L’aventure commence et déjà nos doigts pourtant aguerris avancent casqués. Premier planté de bâton, négociation du virage, une trainée rouge suit le mouvement. La rigole est aérienne et souple, elle se tord mais ne rompt pas. Changement de cap, nouvel appui, l’habit est solide, le fer de lance aussi : combat égal ? Là est l’erreur, tout est simple pour celle qui sait se faire discrète. Protection de l’ennemi ? Ni neige, ni beurre, plutôt papier sulfurisé dont la légère résistance trahit l’existence.
Le va-et-vient se poursuit. L’acte fédérateur scellera ce destin fibreux.
Le serpent enlace sa proie, il la sert et ne la lâchera plus. Pourtant l’animal têtu fatigue et il suffirait de peu pour qu’il relâche son étreinte. Ce puzzle ne vaut que fini. D’obstiné, l’animal finira tétanisé, figé, solidifié. Autant lui tordre le cou ? La main à l’écoute n’hésite pas. Un nœud, c’est tout. La plaie cicatrisera.
L’aventure commence et déjà nos doigts pourtant aguerris avancent casqués. Premier planté de bâton, négociation du virage, une trainée rouge suit le mouvement. La rigole est aérienne et souple, elle se tord mais ne rompt pas. Changement de cap, nouvel appui, l’habit est solide, le fer de lance aussi : combat égal ? Là est l’erreur, tout est simple pour celle qui sait se faire discrète. Protection de l’ennemi ? Ni neige, ni beurre, plutôt papier sulfurisé dont la légère résistance trahit l’existence.
Le va-et-vient se poursuit. L’acte fédérateur scellera ce destin fibreux.
Le serpent enlace sa proie, il la sert et ne la lâchera plus. Pourtant l’animal têtu fatigue et il suffirait de peu pour qu’il relâche son étreinte. Ce puzzle ne vaut que fini. D’obstiné, l’animal finira tétanisé, figé, solidifié. Autant lui tordre le cou ? La main à l’écoute n’hésite pas. Un nœud, c’est tout. La plaie cicatrisera.
vendredi 9 mai 2008
Le vent de Martinique
Le vent de Martinique a chuchoté à mon oreille. Je ne parle pas là d’une histoire de celle que l’on conte une fois retourné de contrés lointaines et faite de poussières de soleil et de sable brillant. Il s’agirait plutôt d’un souffle, d’une respiration, d’un battement dont l’écho dessine les contours de mon île inconsciente et où s’échouent les tentatives de me réanimer à la réalité. Les sensations iodées se sont succédées, enchainant les immersions dans le sel d’une eau pleine de vie et les douces marques ambrées laissées par les baisers brûlants du roi des astres de retour en son royaume.
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